LE PING-PONG
UN : Taping !
DEUX : Tapong !
(répétés plusieurs fois simultanément)
UN : Taping !
DEUX : Tapong ! Vous aimez le…
UN : Taping !
DEUX : Tapong !… le ping-pong ?…
UN : Taping ! Quoi ?
DEUX : Tapong ! Je dis…
UN : Taping !
DEUX : Tapong !… Est-ce que vous aimez…
UN : Taping !… Le ping-pong ?
DEUX : Tapong ! Oui.
UN : Taping ! Et comment !
DEUX : Tapong !
UN : Taping ! Et vous ?
DEUX : Tapong ! Pas moi.
UN : Taping !
DEUX : Tapong !
UN : Taping !
DEUX : Tapong !
UN : Taping !
(répétés dix fois, de plus en plus vite.)
DEUX : Tic ! Poc ! Poc ! Poc, poc, poc, pocpocpocpocpoc. Bien joué.
UN : Ça fait 21 à 18.
DEUX : Eh ben !
UN : Ouf. Vous vous défendez pas mal.
DEUX : Oh ! Ça fait cinq ans que j’ai pas joué.
UN : Tiens ! Votre cousine Paulette, Georges m’a dit l’autre jour, qu’elle aussi, ça faisait cinq ans qu’elle avait pas joué. La dernière fois que vous avez joué, ça devait être ensemble.
DEUX : Non. J’ai jamais joué avec ma cousine Paulette. La dernière fois que j’ai joué, c’était avec Georges.
UN : À cette époque-là, il était fort.
DEUX : Oui, mais y avait cinq ans qu’il avait pas joué. Il avait plus les réflexes. Et vous, il y a longtemps que vous avez pas joué ?
UN : Oh là là, oui. Y a cinq ans. Je me rappelle bien, la dernière fois que j’ai joué, c’était avec ma cousine Paulette, à Limoges.
DEUX : Comment ! Vous aussi, vous avez une cousine qui s’appelle Paulette ?
UN : Depuis le temps que je vous en parle !
DEUX : J’avais pas réalisé. J’ai cru que c’était de la mienne que vous me parliez.
UN : Votre cousine Paulette ? Je la connais pas.
DEUX : Je croyais.
UN : Non, non. Qu’est-ce qu’on fait ? On change de côté ?
DEUX : Oui. Ça m’étonne que vous ne connaissiez pas ma cousine Paulette.
UN : Ça n’a rien d’étonnant, on la voit jamais. Ce qui est drôle, c’est que vous ne connaissiez pas la mienne, de cousine Paulette.
DEUX : Faudra que vous me présentiez.
UN : Ce qui serait amusant, surtout, ce serait de les présenter l’une à l’autre.
DEUX : Vaut mieux pas. Comme je la connais, ma cousine Paulette, elle croirait que c’est une farce, elle voudrait plus me voir.
UN : Oui, la mienne aussi. À vous de servir.
DEUX : Et puis dans le fond, vous savez… Pom-pong !
UN : Taping !
DEUX : Tapong !
UN : Taping-pouf, poc, poc poc poc.
DEUX : Dans le fond… – Il n’est pas trop haut, le filet !
UN : Je crois pas. 1-0.
DEUX : La balle s’il vous plaît…
UN : Et youp !
DEUX : Dans le fond, votre cousine Paulette et ma cousine Paulette, c’est peut-être la même. De cousine Paulette. Pom-pong !
UN : Ta-pfuit ! Eh ben ! Votre service, il est en progrès. Je l’ai pas vu passer.
DEUX : Parce que du fait qu’on les a jamais vues ensemble…
UN cherche la balle : Ensemble ! Toutes les deux ?
DEUX : Non, tous les deux, nous, ensemble, on n’a jamais vu une des cousines Paulette.
UN : Je trouve pas la balle.
DEUX : Si tous les deux ensemble on n’en avait vu qu’une, de cousine Paulette, la vôtre ou la mienne, on aurait bien vu si c’était la même. Regardez voir dans l’aquarium, peut-être qu’elle est tombée dedans.
UN : Ah oui, la voilà. Oui…
Revenant.
Ç’aurait été aussi bien, d’ailleurs si vous tout seul ou moi tout seul on avait vu les deux cousines Paulette ensemble. Parce que du fait qu’elles auraient été ensemble, on aurait su que ce n’était pas la même. De cousine Paulette. 2-0. À vous de servir.
DEUX : Lancez, Lancez. Remarquez…
UN : Et youp.
DEUX : Eh, là, dites, vous pourriez essuyer la balle avant de me l’envoyer. J’ai de l’eau plein la figure.
UN : C’est pas sale.
DEUX : Pas sale, j’en sais rien. Moi, je le connais pas, ce poisson.
UN : C’est pas un poisson, c’est un hippocampe.
DEUX : Prêt ?
UN : Prêt.
DEUX : Pompong ! Pouf… poc, poc, poc. Il est trop haut ce filet.
UN : Qu’est-ce que vous disiez ?
DEUX : Je disais : Pompong !
UN : Taping !
DEUX : Tapong !
(répétés six fois simultanément)
Je disais… remarquez…
UN : Taping !
Un temps.
DEUX : Oui. Eh ben ce coup-là, la balle, on peut lui dire adieu.
UN : Oui. Elle redescendra pas.
DEUX : Pas d’idée de taper dessus comme ça.
UN : C’est l’habitude du tennis. Et puis ça fait tout de même cinq ans que j’ai pas joué.
DEUX : Oui, mais ça, vous savez, ça fait partie des règles du ping-pong. Pour y jouer, faut toujours qu’on y ait pas joué depuis cinq ans. Je n’ai jamais joué qu’avec des gens que ça faisait au moins cinq ans qu’ils y avaient pas joué, comme moi.
UN : Enfin, tant pis.
DEUX : Je vais tout de même chercher dans le tiroir, si des fois il y en aurait pas une autre.
UN : Vous aviez commencé à dire quelque chose.
DEUX : Oui. Je disais que ça m’étonnerait que ma cousine Paulette et la vôtre soient la même, de cousine Paulette. Parce que pour ça, il faudrait que nous soyons un peu de la même famille, tous les deux.
UN : C’est pas invraisemblable.
DEUX : Non, mais ça se saurait.
UN : Vous en trouvez une ?
DEUX : J’en ai trouvé une, oui, mais c’est pas une balle de ping-pong.
UN : C’est quoi ?
DEUX : C’est une pièce de cinq francs.
UN : C’est pourtant pas pareil. Comment peut-on prendre une pièce de cinq francs pour une balle de ping-pong ?
DEUX : J’ai bien vu tout de suite que c’était pas une pièce de cinq francs. Mais comme c’était une balle de ping-pong que je cherchais, il a bien fallu que je me demande si c’en était pas une.
UN : C’est drôle, les hippocampes.
DEUX : Ça y est, en voilà une.
UN : Une, c’est déjà bien. Mais avez-vous vérifié une quoi c’était ? Parce que si c’est pas une balle de ping-pong, ça n’avance à rien.
DEUX : Oui, oui, c’est une balle de ping-pong. Vous venez ?
UN : C’est vrai, tout de même, que ça ressemble rudement à un cheval.
DEUX : 3-1, ça fait. Vous venez ?
UN : On se demande comment on le sait, d’ailleurs, que ça ressemble à un cheval. Parce que moi, je n’ai jamais vu un cheval et un hippocampe côte à côte.
DEUX : Moi non plus. Prêt ?
UN : Et comme, d’autre part, la première fois que j’ai vu un hippocampe je ne l’ai pas du tout confondu avec un cheval, je me demande d’où peut bien me venir le sentiment qu’ils se ressemblent.
DEUX : Ça fait 3-1. Prêt ?
UN : Oui, prêt.
DEUX : Ça, y a pas de doute que ce qui devrait frapper d’abord, quand on voit un hippocampe, c’est que c’est extrêmement différent d’un cheval.
UN : C’est même tellement différent que pour penser à un cheval en voyant un hippocampe, la première réflexion qui vient c’est qu’il faut être cinglé.
DEUX : Oui. C’est peut-être que tous les gens qui regardent des hippocampes sont des cinglés. Prêt ?
UN : Allez-y. Ou bien que la contemplation des hippocampes rend fou.
DEUX : Pompong !
UN : Pitrac ! DEUX : Pitruc !
UN : Pitrac !
DEUX : Pitruc !
UN : Pi-pouf, tric, tric, tric, tric.
DEUX : Elle est cassée.
UN : On ne peut pas jouer avec ça.
DEUX : Pas de chance. Pour une fois que je gagne.